Lorsque les chevaux deviennent soudainement difficiles à monter, trébuchent plus souvent, voire chutent, des troubles de la coordination résultant d’altérations au niveau de la colonne vertébrale peuvent en être la cause. Les malformations au niveau de la partie inférieure de la colonne cervicale, en particulier, sont susceptibles de provoquer des manifestations cliniques, c'est-à-dire des anomalies détectables sans recourir à d'autres outils diagnostiques. C'est pourquoi l'ECVM (Equine Complex Vertebral Malformation) fait actuellement l'objet de vifs débats dans les milieux équins.
Les déformations des vertèbres de la partie inférieure de la colonne cervicale du cheval, qui surviennent dans le cadre de cette pathologie, concernent essentiellement les sixième et septième vertèbres cervicales. Ces altérations se traduisent par l’absence unilatérale ou bilatérale de l’apophyse osseuse située à la face inférieure de la sixième vertèbre cervicale, ce qui s’accompagne parfois d’une altération structurelle de la septième vertèbre cervicale ainsi que de la première côte.
En raison du recours de plus en plus fréquent et généralisé aux examens radiologiques chez les chevaux, on dispose également de données de plus en plus nombreuses concernant les anomalies observées au niveau de la colonne vertébrale (cervicale). Il est souvent difficile de classer ces anomalies en fonction de leurs causes, des facteurs d’influence et de leur pertinence clinique. Tant le corps vétérinaire que le secteur de l’élevage équin souhaitent mettre en évidence le lien entre l’apparition de l’ECVM et la présence de symptômes cliniques, ainsi que son éventuelle hérédité. Des connaissances scientifiquement fondées sont nécessaires pour pouvoir prendre, sur une base solide, des décisions durables concernant les mesures vétérinaires et d’élevage.
Classification de la maladie
L’ECVM n’est en aucun cas une nouvelle maladie apparue pour la première fois chez les chevaux de selle et de sport modernes. Au contraire, de telles modifications structurelles de la partie inférieure de la colonne cervicale du cheval ont déjà été décrites il y a plusieurs décennies et sont attestées par des squelettes de chevaux exposés dans des musées ainsi que par des rapports de cas relatifs à des résultats d’autopsie. Ces variations au niveau de la colonne cervicale sont également, et tout particulièrement, documentées chez le pur-sang anglais. La plupart des résultats publiés concernent cette race.
C’est surtout chez les chevaux aujourd’hui principalement utilisés en sport que les structures de la partie inférieure de la colonne cervicale jouent littéralement un rôle porteur. Elles servent de point d’attache aux ligaments et aux muscles de l’avant-main, parmi lesquels figurent d’importants éléments de soutien du tronc et des membres. À l’heure actuelle, le lien fonctionnel entre les modifications visibles au niveau du squelette ou détectables par radiographie et les manifestations cliniques observées chez le cheval concerné reste toutefois inexpliqué.
Les études menées jusqu’à présent n’ont pas permis d’établir de lien clair entre les modifications structurelles de la partie inférieure de la colonne cervicale et l’apparition de symptômes détectables sans outils diagnostiques. En revanche, des rapports et des expériences pratiques indiquent que les chevaux présentant des problèmes de maniabilité et de motricité présentent également des résultats radiographiques correspondant aux critères de l’ECVM. Cela suggère qu’un certain degré de variation dans la conformation des vertèbres cervicales est normal et sans conséquence, mais qu’il peut également, dans certains cas particuliers, constituer un signe pathologique. Déterminer ce seuil pathologique ou identifier les critères qui le caractérisent doit être considéré comme un sujet de recherche urgent, qui nécessite un traitement plus ciblé et plus approfondi.
Bien qu’il soit établi que les modifications décrites de la colonne cervicale sont congénitales, on ignore encore dans quelle mesure elles sont d’origine héréditaire et quelle part de variation, notamment en ce qui concerne leur éventuelle pertinence clinique, résulte d’influences environnementales telles que, par exemple, l’alimentation de la jument pendant la gestation, la gestion de l’activité physique du poulain ou, plus tard, l’équitation et l’entraînement. On ignore donc également, à l’heure actuelle, combien et quels gènes ou variantes génétiques influencent de manière déterminante ce caractère. Pour apporter une réponse scientifique à ces questions urgentes, la médecine vétérinaire, la sélection animale et la recherche doivent collaborer étroitement.
Symptomatologie
clinique
Le tableau clinique de l’ECVM est très varié et va de l’absence totale de symptômes à l’ataxie spinale, c’est-à-dire à un trouble de l’équilibre et de la coordination motrice d’origine vertébrale. Les chevaux atteints peuvent se faire remarquer par une limitation de la mobilité, légère à sévère, au niveau du cou et des antérieurs. Souvent, ces chevaux se distinguent par des trébuchements fréquents pouvant aller jusqu’à des chutes, ou par une démarche chancelante. En raison d’une sollicitation non physiologique de la musculature et, dans certains cas, d’un pincement des nerfs cervicaux au niveau des vertèbres déformées, les chevaux peuvent présenter des douleurs lors des mouvements du cou ainsi que dans la musculature elle-même. Dans les cas graves, on observe une atrophie, c’est-à-dire un dépérissement de la musculature cervicale.
Réseau
de recherche
L’International Association of Future Horse Breeding GmbH & Co KG (IAFH) s’engage en faveur de l’enrichissement des connaissances dans le domaine de l’élevage équin et soutient la recherche sur des thèmes pertinents pour la pratique. Dans le cadre de l’étude ECVM lancée en 2023 à l’initiative de l’IAFH, il s’agira dans un premier temps d’étudier la fréquence d’apparition des malformations des vertèbres cervicales inférieures chez les chevaux à sang chaud. Il est prévu de procéder à des collectes de données exhaustives sur un échantillon important de chevaux à sang chaud afin de permettre des analyses pertinentes sur le lien entre la génétique, les anomalies structurelles et les manifestations cliniques. Les chevaux feront l’objet d’un examen clinique général et d’un examen neurologique. Des données objectives sur les mouvements, recueillies à l’aide de capteurs, viendront renforcer davantage la base de données. Afin de caractériser la structure des vertèbres cervicales, la partie inférieure de la colonne cervicale fera l’objet d’une radiographie, ce qui nécessite un équipement radiologique performant et l’expertise de l’examinateur. Les génotypages SNP sont déjà effectués de manière systématique par les onze fédérations d’élevage de chevaux de selle participantes pour la vérification de la filiation de tous les poulains, ce qui permet de disposer de profils génétiques individuels. Ceux-ci peuvent désormais contribuer, dans le cadre de l’étude ECVM, à élucider les mécanismes génétiques à l’origine des altérations des vertèbres cervicales.
La santé des chevaux revêtant une grande importance pour les associations d’élevage équin, l’étude ECVM marque le lancement d’un projet de recherche de grande envergure et exhaustif visant à élucider les causes et les liens liés à l’ECVM. Cette étude est menée conjointement par des scientifiques de l’Institut de recherche en biologie des animaux d’élevage (FBN) de Dummerstorf, de la Fondation de l’École vétérinaire de Hanovre (TiHo) et du centre de calcul « Vereinigte Informationssysteme Tierhaltung » (vit). Des radiologues expérimentés, des vétérinaires spécialisés dans les chevaux ainsi que des chercheurs des instituts d’élevage des universités de Göttingen et de Kiel apportent par ailleurs leur expertise en tant que conseillers techniques. L’étude bénéficie du soutien et du financement de l’IAFH.
À propos de l’IAFH
L’International Association of Future Horse Breeding GmbH & Co KG (IAFH) a été fondée dans le but d’exploiter le potentiel de la génomique pour l’élevage équin. Étant donné qu’une association seule n’aurait pratiquement jamais été en mesure de mener à bien à elle seule les travaux fondamentaux nécessaires, il a fallu explorer de nouvelles voies.
En s’associant à des partenaires issus du secteur privé et en étroite collaboration avec la communauté scientifique, l’objectif est d’atteindre la masse critique de chevaux disposant de données SNP à l’échelle du génome et d’informations sur les caractéristiques, afin de pouvoir, à terme, mettre en place des applications fondées sur la génomique pour les chevaux de selle et de sport. De plus, les investissements communs des acteurs du secteur dans la recherche et le développement ouvrent également de nouvelles perspectives. L’Association des éleveurs du cheval Holsteiner (Verband der Züchter des Holsteiner Pferdes e.V.) est actionnaire de l’IAFH.
Plus d’informations sur l’IAFH
Photo : IAFH